ONE WAY ?

Je suis le chemin, la vérité et la vie, personne ne vient au père que par moi. Jean 14, 6

Ce verset est souvent mis en exergue par les chrétiens littéralistes[1] pour insister sur l’exclusivisme de la foi chrétienne en matière de salut. Dans les années soixante on assénait volontiers : « One way, one Lord : JESUS ! », le point et l’index levé

Il vaut la peine de s’arrêter un peu sur ces paroles de Jésus à notre époque où l’esprit d’ouverture est une valeur importante et même souhaitable en matière de religion[2].

Le contexte littéraire d’abord. Ce verset clôt un dialogue de Jésus avec ses disciples sur l’annonce qu’il y a plusieurs demeures dans la maison du Père (signe de pluralité), demeures dans lesquelles Jésus va leur préparer une place. Se pose alors la question de savoir comment y aller. Thomas lui dit : « Nous ne savons pas où tu vas, comment en saurions-nous le chemin ? » et c’est là que Jésus prononce cette fameuse phrase qui nous occupe : « Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Personne ne vient au Père que par moi ».

Le chemin. Un chemin c’est la condition de possibilité d’un mouvement, d’une ouverture, d’un déplacement. Rien de fixe, juste une invitation à cheminer, à bouger, à avancer. Avec quelques balises…

La vérité. il est plus qu’important de s’arrêter sur ce mot.

En hébreu, le mot vérité ‘Emeth, désigne ce qui est solide, ferme, ce sur quoi on peut construire (c’est la même racine que amen, ou Amman la capitale de la Jordanie, posée sur un rocher solide)[3]. On est loin de la vérité comme un dogme qui enferme, Jésus se présente comme quelqu’un de fiable, de solide, de vrai…

En araméen (langue de Jésus) vérité se dit kouchta. L’étymologie se rapporte principalement elle aussi à l’idée de rectitude. On peut en effet voir en Jésus un bel exemple de rectitude, de cohérence et d’authenticité. 

Et en grec alètheia (la langue de Nouveau Testament) le premier sens est « vérité » au sens de dévoilement), issu de lèthè « oubli » et a- (négation) ; Mais aussi « réalité » par opposition à « apparence ». Dans les évangiles Jésus propose souvent de ne pas oublier que nous sommes aimés de Dieu…

Cette complexité de sens du mot, ses origines diverses interdit d’en faire un système fermé et intransigeant.

La vie ! La vie… une réalité hautement dynamique… St-Jean dira : « Je suis venu pour que mes brebis aient la vie et la vie en abondance » (10, 10). La plénitude. La relation d’amour avec Dieu[4]

On voit bien qu’on n’est pas dans le petit, dans le mesquin dans le fermé…

On est dans le grand dans le large, dans le souffle de l’Esprit ! 

Reste encore à voir le terrible : « Personne ne vient au Père que par moi ». ou pire : Nul ne vient au père que par moi. Ici, il faut faire un pas quelque peu audacieux en affirmant que ce que nous voyons et connaissons du Christ n’épuise pas toute ses dimensions. La réalité du Christ, sa préexistence dont nous parle le prologue de Jean (1, 1-4) : « Au commencement était le logos et le logos était en Dieu et le logos était Dieu (…) par lui tout a été fait (…) En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ». Et aussi l’hymne au Colossiens (1, 15-20 : « Il est l’image du Dieu invisible, Premier-né de toute créature. Car en lui tout a été créé. Dans les cieux et sur la terre. Les êtres visibles comme les invisibles. Trônes et Souverainetés. Autorités et Pouvoirs. Tout est créé par lui et pour lui ». Cette identité dépasse de loin nos catégories, nos capacités de compréhension. Le Christ est présent non seulement dans le monde, mais dans le cosmos entier. Dans tous les temps, dans tous les lieux. 

Il s’agit donc non de faire passer le Christ par le petit bout de notre lorgnette, mais d’élargir notre regard aux dimensions d’une réalité infiniment plus grande que celle dont nous avons conscience…


[1] La conception littéraliste postule une inspiration totale des Ecritures saintes pour en tirer un enseignement totalisant. Elle repose toutefois sur un choix restreint de textes et souvent de versets isolés.  

[2] Nous assistons en effet à une radicalisation des positionnements religieux avec les risques de violences inhérents aux absolutismes.

[3] Pour aller plus loin, voir Michel Bouttier : 

https://www.persee.fr/doc/chris_0753-2776_1998_num_58_1_2046

[4] On peut dire aussi : Le chemin : la méthode, la vérité : l’exigence, la vie : la récompense.

Un commentaire

  1. Joëlle Meylan

    A la lecture de ton texte sur Jean 14,6, j’y vois une ouverture magnifique, une ampleur qui fait du bien. Un peu la même émotion comme l’instant où j’ai entendu pour la première fois Dave Bookless (Directeur de théologie à A Rocha) dire que dans Jean 3, 16 le mot utilisé pour « monde » ne signifie pas « les humains, les gens », comme il est trop souvent compris, mais est le mot « kosmos », c’est-à-dire l’univers ! Et Dieu a tant aimé le cosmos, qu’il a donné son fils unique … nous rejoignons là l’Epître aux Colossiens mentionné dans ton texte.
    Et ça fait aussi du bien de retrouver les racines des mots utilisés dans le texte original, leur signification d’alors, et leurs multiples nuances ou traductions d’aujourd’hui.
    Merci !

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