Une méprise qui nous joue des tours

Parmi les besoins humains fondamentaux, il en est deux qui, s’ils ne sont pas assurés, mettent en jeu le « pronostic vital » comme la médecine le dit élégamment… Il s’agit du boire et du manger. C’est une évidence pour tout le monde : se désaltérer et se nourrir est une nécessité pour le corps. Sans manger ni boire on meurt. Tout simplement.

Nécessaire, mais pas suffisant. Avec le manger et le boire va aussi le plaisir du goût, la créativité de faire la cuisine, puis la joie d’être ensemble aussi…

Nourriture et boisson peuvent aussi être compris symboliquement : tout ce dont nous avons besoin pour nourrir notre sécurité : un toit, des réserves pour l’hiver et tant de choses fort bien décrites dans la pyramide de Maslow.

Notre société est extrêmement développée pour nous fournir en nourritures de toutes sortes. Elle nous conduit à imaginer (et la publicité s’y emploie) que si nos besoins matériels sont assurés, alors va quelque chose qu’on peut appeler le bonheur va advenir. C’est dans cette perspective que nous passons notre temps à remplir non seulement nos frigos, mais nos armoires et nos maisons de toutes sorte de biens sensés nous rendre heureux… 

C’est une méprise, une voie trompeuse qui ne mène qu’à la course et à l’essoufflement. Cette méprise ne date d’ailleurs pas d’aujourd’hui. Elle est présente déjà du temps de Jésus. Deux textes de l’évangile de Jean nous permettent d’observer ce phénomène. A propos de l’eau puits de Jacob (chapitre 4 de St Jean), Jésus dit à la femme samaritaine : « Quiconque boit de cette eau aura encore soif, mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle. La femme lui dit: Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n’aie plus soif, et que je ne vienne plus puiser ici »… De même dans le texte sur le pain de vie, (Jean 6) on voit la même méprise. Après le signe de la multiplication des pains, Jésus dit aux foules : « vous ne me cherchez pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé des pains à satiété (Jean 6, 26), et un peu plus loin, alors que Jésus promet le pain qui descend du ciel, les auditeurs répondent : « donne-nous toujours de ce pain-là » !

Dans les deux cas les personnages en question ne captent pas le sens profond de ce qu’apporte Jésus. Ils restent sur un plan basique, concret, matériel, et de ce fait se privent d’une dimension peut-être plus importante que la dimension physique, celle de l’Esprit.

Le fameux verset : « l’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sortira de la bouche de Dieu » (Matthieu 4,4) trouve ici toute sa pertinence. 

Il y a autre chose, il y a un autre niveau, nous ne sommes pas constitués que de matière…  Manger concret ne suffit pas.

Pour chacun de nous cette méprise nous joue des tours, car elle nous enferme dans une quête qui s’avère vaine et épuisante qui aboutit fort peu au résultat attendu. Ce qui est déjà lourd à vivre. Mais les proportions gigantesques que prend la production de ces fameux biens matériels sensés nous combler impacte d’une formidable manière le substrat de la vie qu’est notre terre. Quand cesserons-nous de nous méprendre ? De boire aux citernes crevassées qui ne tiennent pas l’eau (Jérémie 2, 13), Quand cesserons-nous de passer à côté de cette eau gratuite et abondante que promet le prophète EsaÏe 55 « Vous tous qui avez soif, venez aux eaux, Même celui qui n’a pas d’argent! Venez, achetez et mangez, Venez, achetez du vin et du lait, sans argent, sans rien payer!2Pourquoi pesez-vous de l’argent pour ce qui ne nourrit pas? Pourquoi travaillez-vous pour ce qui ne rassasie pas? Ecoutez-moi donc, et vous mangerez ce qui est bon, Et votre âme se délectera de mets succulents…

La question est posée…

Billet : « Echos de la Bible » paru dans l’Echo-magazine le 9 septembre 2021

Un commentaire

  1. P-G. Fontolliet

    Ce texte a eu en moi une résonance particulière…
    Deux ans et demis après une gastrectomie totale, suite à un cancer de l’estomac, j’ai dû apprendre une nouvelle relation à la nourriture et à la boisson matérielles et concevoir que si «l’homme ne vit pas de pain seulement », il doit bien en manger pour survivre, même au prix de grandes difficultés… Cependant l’expérience d’une Présence aimante et compatissante (plus que de belles paroles) est un inestimable réconfort…

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