Demeurer, rester, s’enraciner… pour porter du fruit.

Prédication sur le cep et les sarments (Jean 15, 1-10) donnée dimanche 9 mai 2021 à la cathédrale de Lausanne.

Demeurer. Habiter, rester, se poser, se fonder, s’enraciner pour porter du fruit… 

… existe-t-il un idéal plus élevé, plus souhaitable, plus désirable pour les humains que nous sommes ?

Un très bel idéal sans doute, mais un idéal difficile ? Comment y parvenir ?

C’est la question qui va nous accompagner ce matin autour du très connu, et néanmoins difficile texte dit du « cep et des sarments »..

Demeurer donc. Ce verbe traduit un verbe grec habituellement rendu par « rester ». La racine indo-européenne de « demeurer » mora : signifie s’attarder, se poser. Il apparait 12 fois dans notre passage (chiffre symbolique de complétude). 

Demeurer est verbe à la fois un verbe existentiel (demeurer : habiter une maison) et un verbe essentiel (dans quoi, sur quoi je fonde ma vie). 

Il apparait 32 fois chez St Jean et 142 fois dans le Nouveau testament. Autant dire qu’on a là une notion importante qui va nous aider à progresser dans notre foi et (espérons-le) dans notre amour.

Demeurer, donc.

Mais où et sur quoi ? Pour l’expliciter, Jésus va utiliser la métaphore de la vigne, celle du cep et des sarments et il montrera la nécessité de demeurer relié pour porter du fruit.

Evidence direz-vous, théoriquement peut-être. Pratiquement c’est une autre affaire. Entrons dans les détails. 

Au verset 4, Jésus dit : Demeurez en moi comme je demeure en vous. En ces quelques simples mots, l’Evangile est comme résumé :

Il y a une invitation qui s’adresse à la liberté et à la volonté de l’auditeur : demeurez ! (impératif)

Mais cette invitation est précédée de la présence du Christ : On pourrait presque inverser la phrase et dire : « comme je demeure en vous, demeurez en moi. La grâce précède toujours, mais elle laisse un espace de liberté, la place place pour une réponse de notre part. Une réponse ? mais en vue de quoi ? De même que le sarment s’il ne demeure sur la vigne, ne peut de lui-même produire du fruit, ainsi non plus si vous ne demeurez en moi. Ainsi le but n’est pas l’attachement pour l’attachement, le but est de produire du fruit, et beaucoup de fruit. (5) je suis le cep, vous êtes les sarments : celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là produira du fruit en abondance. Dans l’Evangile il y a toujours de l’excès… Ces fruit en abondance font échos à cette autre parole de Jésus : « Je suis venu pour que mes brebis aient la vie et la vie en abondance »). Affirmation positive qui est suivie d’une parole qui pourrait paraître bien prétentieuse et exclusive: car en dehors de moi vous ne pouvez rien faire. Ce serait peut-être le cas si le verbe « faire » n’était pas le fameux verbe « poïen » qui signifie créer, inventer (qui donne le mot poète en français), qui est employé dans la Genèse pour dire la création et semble dire: «hors de moi vous ne pouvez que répéter, reproduire et non créer, inventer faire du nouveau » !

Et comme si cet apparent exclusivisme ne suffisait pas, Jésus en remet une couche en disant : si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment, il se dessèche, puis on les ramasse, on les jette au feu et ils brûlent. Maximal. Au cours des siècles ce verset a bien sûr contribué à semer la panique dans les esprits : les flammes de l’enfer ! On peut toutefois voir les choses bien autrement. N’importe quel vigneron ou cultivateur vous dira que brûler les sarments est une opération qui permet de détruire les maladies qui pourraient se transmettre d’années en années… et aussi de créer de l’engrais avec les cendres riches de potasse, de phosphates, etc.. 

Vous conviendrez qu’il y a toujours en chacun de nous un certain nombre de choses à brûler ! et il arrive même parfois que ce sont les réalités négatives transmutées qui deviennent l’occasion de progresser ?? 

Mais poursuivons :

Viennent maintenant quelques conséquences du fait de demeurer entés sur le cep qu’est le Christ et cultivé par le Père :

« Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez ce que vous voudrez et cela vous arrivera ». Certains sont choqués de cette parole évidemment irréaliste, mais si on réfléchit deux minutes, on se rend bien compte que ce qu’on appelle l’inhabitation (habiter dedans) de Dieu en nous va conditionner tous les aspects de la vie de la personne ainsi habitée. Ses désirs et ambitions seront conditionnés par des valeurs renouvelées, hautement compatibles avec les fruits attendus… Une belle prière pourrait être : « Fais-moi vouloir ce que tu veux ! »

« Si vous portez beaucoup de fruit, c’est ainsi que mon Père sera glorifié, et que vous serez mes disciples ».


Quels fruits direz-vous ? 

Le fruit (le mot est chaque fois au singulier), c’est ce dont nous parle l’apôtre Paul dans l’épitre aux Galates (5,22) c’est ce le fruit de l’Esprit : « l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, douceur maîtrise de soi » » AInsi le sommet de tout, le fruit par excellence, c’est l’amour !

(9) « Comme le père vous a aimé moi aussi je vous ai aimé : demeurez dans mon amour ». 

La première épitre de Jean nous décrit très bien : « Personne n’a jamais vu Dieu; si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous ». (1 Jean 4,12 ). Et au verset 16, le fameux : « Dieu est amour ; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui ».

On voit bien ici que l’objectif final du « demeurer », c’est l’amour… Le fruit, c’est l’amour

**************

Vient maintenant une question. Une question bien importante : comment demeurer, rester, se poser en Dieu et recevoir cette sève d’amour ?

Le texte nous en donne quelques éléments :

  • Ecouter la parole : « déjà vous êtes purifiés/émondés par la parole que je vous ai dite »… Il n’y a aucun doute sur le fait que si nous sommes des lecteurs des Evangiles, ceux-ci on un effet, ils tendent à modifier nos comportements et nous faire porter du fruit. Le message du Christ, lu et reçu est une manière de demeurer sur le cep et d’en recevoir la sève vivifiante.
  • Prier : « si vous demeurez en moi , vous demanderez ce que vous voudrez… » Prier est une manière de demeurer en Dieu, car prier modèle peu à peu notre désir, purifie notre volonté, nous ajuste à l’Evangile. Ainsi progressivement l’énergie d’amour venant du Christ-Cep, cultivée par le Père–vigneron circule par l’Esprit et porte fruit, répand l’amour dans le monde. Cette prière-là est toujours exaucée… Et elle nous met en route :  comment oser demander des choses à Dieu sans déjà nous y atteler nous-même ? « Seigneur, je te prie pour les pauvres » (qu’est-ce ce je fais pour les pauvres ?). « Seigneur, je te prie pour les isolés » idem… La prière nous change nous-même avant de changer quoi que ce soit à l’ordre du monde….
  • Observer les commandements :  « Si vous observez mes commandements vous demeurez dans mon amour, comme en observant les commandements de mon père, je demeure dans son amour ». Ca c’est bizarre ! Vous allez dire que vous aviez commencé par la grâce et vous ramenez subrepticement la loi ? N’est-ce pas contradictoire ? Apparemment oui, mais en fait non, car comme le dit l’apôtre Paul : « L’amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour » (Rm 13, 10). Et bien avant St Paul, le prophète Jérémie (31, 33 l’annonçait déjà :  « Après ces jours-là, dit l’Eternel: « Je mettrai ma loi au dedans d’eux, je l’écrirai dans leur cœur; et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple ».
  • Mais il y a encore un moyen pour demeurer en Dieu et porter du fruit. Un moyen très actuel, qui a beaucoup de succès et dont on parle souvent : une pratique qui prend de plus en plus de place de nos jours dans notre culture. La méditation : posture et respiration. Demeurer pourrait être un autre mot pour méditer. Se poser rester, s’attarder, s’attacher, s’enraciner. La méditation est un chemin pour se poser, s’attarder en Dieu, faire « corps » avec Dieu, s’identifier à Lui, entrer dans son amour… Lorsque Jésus dit : Demeurez en moi comme je demeure en vous, il ouvre précisément la voie. Il nous invite à le rejoindre en nous et ainsi nous ouvrir aux trésors la « Présence »…

C’est plein de promesses tout cela est c’est accessible à chacun !

Amen

©Vrochat

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