Thomas : il voulait toucher, il a été touché…

Prédication donnée le 2e dimanche de Pâques, 11 avril 2021, à St Jean de Cour, Lausanne.

Lectures : Jean 20, 19-29 et Actes 4, 1-10.

La troisième partie du chapitre 20 de l’évangile de Jean est un des tout grands textes du Nouveau testament. Il relate d’abord le soir du tout premier dimanche : l’apparition aux disciples dans la chambre haute. On nous dit que toutes portes fermées Jésus vint au milieu d’eux et leur dit : « la paix soit avec vous », il leur montre ses plaies, les disciples sont remplis de joie. Il les envoie en mission et leur donne l’Esprit Saint. Tout est dit, tout est résumé en quelques mots. Jésus est vivant il donne paix, joie et énergie divine. Génial. Génial pour eux… 

Mais voilà il y a un bug. Tous n’étaient pas là. C’est très dur, quand on fait partie d’un groupe qui vit des choses intenses et de ne pas les avoir vécues. Mais par contre c’est une chance pour nous, car tous que nous sommes « n’étions pas là » et nous nous trouvons dans la même situation que Thomas figure emblématique, du doutant. Celui qui a besoin de preuves… Nous ?

Le texte dit en effet : « Cependant, Thomas, l’un des douze, qu’on appelle Didyme, n’était pas avec eux lorsque Jésus vint ». Thomas est connu pour son caractère un peu négatif, un peu cynique (c’est lui qui dit au moment de la mort de Lazare : « allons le voir et mourons avec lui » Jn 14, 5). C’est lui qui rétorque à Jésus « nous ne savons pas où tu vas, comment en connaitrions-nous le chemin ? Jn 11,16. Un peu sombre, le Thomas ! Notez, ça fait du bien de savoir qu’on peut s’identifier aux disciples, y compris dans leurs côtés un peu sombres, et pas toujours face à des modèles inaccessibles !

Que va-t-il se passer ? comment va s’opérer le passage du doute à la foi ? C’est ce qu’il faut voir maintenant.

  • Cela commence par le témoignage : Thomas n’était pas avec eux lorsque Jésus vint. Les autres disciples lui dire : nous avons vu le seigneur ! voir, puis dire. C’est cela, témoigner. Etape indispensable. Elle provoque la question, elle creuse la question
  • … et cela passe par la difficulté de croire et l’autorisation de le dire : « si je ne vois pas si je ne mets pas ma main dans ses mains si je n’enfonce pas mon doigt à la place des clous, si… dans son côté… je ne croirais pas ! » Dire, avouer, sans être jugés, c’est tellement important. On se censure tellement facilement   Nous avons dans l’Evangile, dès les tous débuts, une acceptation de la réalité qu’est le doute, la difficulté de croire. Oui, je suis parfois comme Thomas, moi, je ne crois que ce que je vois… Je suis rationaliste, je veux construire sur du visible, je veux avoir des preuves scientifiques. Les verbes sont violents : enfoncer, jeter… 

Tout cela se passe durant la semaine… 

  • huit jours plus tard alors les disciples étaient à nouveau réunis dans la maison. C’est là que les choses opèrent, dans le culte, lors du culte. Un culte communautaire. Ce texte nous parle du bénéfice qu’il y a à pratiquer sa religion de manière communautaire : Thomas était avec eux. S’il n’avait pas été avec eux évidemment que rien ne se serait passé.
  • Jésus arrive à nouveau toutes portes fermées et se tient au milieu d’eux. Cette réalité mystérieuse est là pour montrer que Jésus n’est pas arrêté par des situations verrouillées impossibles. Avec le ressuscité. Il y a toujours une issue, un chemin, une libération 
  • Mais la suite est forte intéressante aussi : sans que Thomas ne dise rien Jésus va au-devant de lui et lui dit de le toucher. Cela signifie que Jésus connaît nos pensées et nos prières avant que nous les disions ! A moins que les autres disciples en aient parlé à Jésus avant, ce qui serait une forme de prière !
  • Et voilà que, sans toucher (le texte ne dit pas que thomas touche), Thomas s’écrie : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Il nous parle de cette vérité fondamentale selon laquelle la foi n’est pas le produit de la preuve, mais la réponse à une parole. 
  • Il voulait toucher, il a été touché !

Et cela l’a conduit à cette formidable confession de foi : « Mon seigneur et mon Dieu » et Jésus à cette onzième béatitude : Bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru !

Voilà… Tout cela est beau, tout cela est vrai, tout cela est connu, tout cela mérite d’être prêché, compris et reçu. Mais tout cela présente aussi un danger assez considérable dans lequel nous chrétiens tombons souvent, un danger qu’on pourrait appeler le spiritualisme. Quand on regarde les textes évangéliques proposés pour méditer sur le sens de Pâques et plus précisément les commentaires relatifs à la résurrection, on a l’impression que celle-ci déconnecte d’avec la réalité et nous emmène entre terre et ciel, sur le petit monde de la foi et de la spiritualité. Jésus s’élève de la terre et nous élève avec puisque la mort n’existe plus alors attendons là avec confiance. Jésus s’élève à l’Ascension, et on s’élève avec lui !

Bien sûr cela n’est pas faux mais c’est incomplet et la tradition de l’Eglise, qui a plus d’un tour dans son sac, a su juguler ce danger en proposant pour chacun des sept dimanches du temps de Pâques un texte dans ce livre extraordinaire de la Bible : les Actes des apôtres. 

Vous savez bien entendu les actes des apôtres, les actes, les actions, la praxis, les œuvres, les faits. Alors qu’on a l’impression que la résurrection, l’Ascension et la Pentecôte font monter les chrétiens sur un petit nuage, les Actes montrent à quel point les apôtres redescendent et vont é la rencontre des gens ! tout continue non seulement comme avant, mais il semble que c’est encore plus fort qu’avant… 

Dynamisé par la puissance de l’Esprit Saint, les apôtres prêchent, guérissent remettent en route, baptisent… Ils font ce que Jésus avait fait ! Il est vivant en eux, à travers eux

Qu’est-ce que l’Eglise ? Rien moins que le corps de Jésus vivant sur la terre…

L’Eglise corps du Christ appelée à poursuivre l’œuvre de salut, faire ce que lui faisait lorsqu’il était sur terre : « allant de lieu en lieu faisant du bien », prêchant le royaume, faisant des miracles, libérant les pauvres, réhabilitant le faible relevant le malade…

Ainsi, qui sait ? d’aucuns pourront peut-être toucher l’Evangile ? et pourquoi pas être touchés et rejoindre ainsi ce peuple de Vivants ?

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