Témoignage de Virgile Rochat, pasteur, paru dans la newsletter de « Chrétiens unis pour la terre », avril 2026 infolettre@chretiensunispourlaterre.org |
Témoignage recueilli par William Clapier, eco-théologien à Montpellier Enfant de l’après-guerre, né dans un milieu d’artisans, depuis tout petit j’ai été baigné dans une atmosphère de simplicité de vie, de comportement économe où l’on recycle, où l’on ne fait pas de dépenses somptuaires. Ce n’était donc pas difficile pour moi de vivre de manière peu impactante pour la planète. Il se trouve que j’ai commencé à être inquiet dans les années soixante à cause des nombreuses pollutions visibles produites par notre société. Et là déjà, à cause de ces fumées noires qui sortaient de partout, j’étais sensibilisé au problème. Toutefois filtres et catalyseurs aidant, interdiction des CFC (gaz à effet des serre), je pensais l’affaire maîtrisée. |
| C’est lorsque que j’ai compris que le vrai problème était les émissions de CO2. Ma conscience a été saisie par le fait de brûler en rien de temps une énergie fossile qui avait mis des millions d’années à se constituer… Dans ce parcours, une rencontre a été déterminante : celle du philosophe Dominique Bourg. Il m’a permis de me conscientiser, d’analyser et de comprendre à quel point les humains sont responsables de la dégradation des conditions de vie sur la planète : le fameux « anthropocène ».Toutefois je restais conscient de l’immense fossé qui existe entre le fait de savoir ce qu’il conviendrait de faire et le fait de parvenir à pouvoir le faire. Et c’est là, dans cet espace souvent désespérant, qu’une autre prise de conscience s’est opérée en moi. Chrétien, croyant pratiquant, j’ai peu à peu compris que la vie intérieure, la vie spirituelle peut devenir une ressource formidable dans cette situation. Pourquoi ? Parce qu’elle modifie nos valeurs, parce qu’elle recentre sur l’essentiel, parce qu’elle est source d’amour. Cette prise de conscience a opéré en moi une véritable « conversion écologique », un changement dans la manière de voir ma vie, la vie autour de moi, avec comme conséquence un respect croissant du créé. Animal, végétal et minéral… J’ai peu à peu (et c’est loin d’être fini) vu et intégré que le bonheur n’est pas dans l’accumulation des biens, mais au contraire dans l’allégement, dans une forme de renoncement à certaines choses dont on peut faire un usage modéré sans en être diminué… Et ceci non par moralisme pesant ou culpabilisant mais par une manière nouvelle de voir les choses. Cela a aussi modifié ma manière de lire les textes bibliques. A ce sujet le chapitre 12, 13-32 de l’évangile de Luc – que je vous invite à lire – nous donne des belles pistes pour opérer des changements intérieurs dont les conséquences, si elles étaient suivies par beaucoup d’entre nous, pourraient être déterminantes pour la suite de la vie sur terre…Virgile Rochat, pasteur résidant à Lausanne |