On est dans de beaux draps !

On peut dire qu’ils étaient dans de beaux draps, les disciples, réunis dans la chambre haute, au soir de ce premier jour de la semaine, après les événements dramatiques du vendredi noir. Terrorisés à l’idée d’être arrêtés eux aussi, d’être emprisonnés, voire exécutés…

Mais aussi déçus, amers d’avoir mis leur confiance dans le projet de ce Jésus qui visiblement ne s’était pas montré à la hauteur. « Nous croyions qu’il serait le sauveur d’Israël »

Enfin prostrés…  enfermés dans leurs murs et dans leurs têtes…

Oui, ils étaient dans de beaux draps, on peut le dire. 

Dans de beaux draps. 

Cette vieille expression fort courante décrit remarquablement des situations que nous connaissons tous une fois ou l’autre dans nos vies, que soit de notre propre fait, (dans quoi je me suis fourré (!) ? Soit venant de l’extérieur, soit souvent un mélange des deux…  

Coincés, emberlificotés, mal pris, impuissants, culpabilisés… avec soi-même, avec sa famille, ses collègues et dans des cadres bien plus saisissant notamment au niveau planétaire : On est dans de beaux draps avec notre destruction massive de la biosphère et notre impuissance à freiner le mouvement. On est dans de beaux draps avec la guerre en Ukraine dont bien malin qui pourrait dire ce qui va advenir…

Et nous voilà nous ici, dans l’église St-François à Lausanne, en ce temps de Pâques

On est dans de beaux draps…

                                               Ils sont beaux… 

                                                                                   Ces draps…

Ces œuvres d’Anne-Marie Gbindoun exposées dans ce chœur. Ce sont de vrais draps de lit en lin ou en chanvre, suspendus comme ils l’ont été après de nombreux lavages, lors de leur utilisation originale. Ordinaires, mais complétement transformés, revisités, habités autrement … 

A première vue, plusieurs semblent comme obstrués par tous ces points, fermés, grillagés, bloqués. Réalisés avec les pouces de l’artiste. Comme un mur, comme un obstacle, comme on est quand on est dans de beaux draps…

Mais si on les regarde avec un peu de distance, on voit apparaitre comme en filigrane, en transparence des figures de vie, des figures d’évangile.

Dans ces beaux draps, il y a des apparitions…  APPARITIONS !

Pour saisir ces apparitions, il faut d’abord se placer calmement devant les toiles. Regarder en totalité, prendre du recul, dépasser les interventions de l’artiste qui sont en surface et laisser ses yeux et son coeur découvrir peu à peu se qui se tient juste derrière. 

On peut y voir des personnages, un, deux, trois et même quatre. On peut les voir à l’endroit et en miroir… on peut y voir quelques lignes qui proposent la paix… on peut y voir une croix…  Le feu de l’Esprit. On peut y voir des femmes au pied de la croix ou au tombeau… une foule de témoins… On peut y voir apparaitre le Christ ressuscité, vivant, au milieu de nous ?

                                                           ***************    

La présence de tissus qui révèlent, qui (en)lèvent le voile, c’est l’étymologie du mot révéler (vel=voile), on en voit déjà dans le Livre. Il y a des toiles, de draps et des tissus dans les Ecritures, et pour nous ici précisément dans les textes concernant la passion du Christ :

  • Il y a le tissu dont Jésus se revêt pour laver les pieds de ses disciples… tablier de serviteur. 
  • Il y a la tunique sans couture de Jésus, symbole royal, tirée au sort pour ne pas être déchirée. 
  • II y a le fameux voile du temple qui se déchire en deux au moment de la mort de Jésus et laisse ainsi accéder à l’invisible, à l’innomé, à Dieu sur le bois, qui donne sa vie pour le salut de l’humanité. 
  • Il y a aussi le suaire, le fameux suaire, dont on nous dit qu’il est plié dans le tombeau, et dont la tradition fera un œuvre dans laquelle seront comme imprimées les formes du corps de celui qui s’y trouve. Il y aussi le tissu dit de Véronique qu’on appelle la sainte face et que l’on voit encore souvent représenté. Apparitions.  

Et tout cela, comment le sait-on ? 

Eh bien par des textes ! par les textes de la Bible, tous les textes de la Bible, qui sont eux-mêmes des tissus tissés (texte = textile !) dans et avec lesquels nous pouvions tisser nos existences… 

A chaque lecture ou audition, passé le côté parfois rébarbatif, voir rebutant au premier abord du texte biblique, si l’on est attentif à ce qu’il y a derrière, alors le texte peut révéler, lever le voile, et faire apparaître la Vie du Ressuscité. 

Message donné à l’église St-François (Lausanne) le 30 avril 2022

©Drap de Anne-Marie GBINDOUN, visibles à St-François jusqu’au 4 juin 2022

Un commentaire

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