PERDRE SA LIBERTE, UN OBSTACLE A LA FOI?

Parmi les objections repérables face à la foi chrétienne, il en est une qu’il vaut la peine d’aborder. Une grande quantité de gens, les adolescents notamment, ne désirent pas faire « le pas de la foi » car ils ont peur de perdre leur liberté. Ils craignent de ne pas pouvoir faire ce qu’ils auraient une fois ou l’autre envie de faire… 

Il ne faut pas minimiser cette objection. Elle entre très fort dans la problématique de l’imaginaire contemporain face à la foi chrétienne. Elle s’inscrit dans cet univers d’extrêmes libertés individuelles qui caractérise notre époque (avec ses aspects positifs et ses aspects problématiques). On peut fort bien comprendre cette crainte. Elle peut se justifier. Entrevu d’un certain angle, le message de l’Evangile peut apparaître comme castrateur, entrave au plaisir, diminution des possibilités apparemment infinies de que fait miroiter la vie en ses débuts. Ils ont bien écouté le catéchisme, ils l’ont trouvé intéressant… « l’Evangile est sans doute un beau projet, mais ce n’est pas pour moi, c’est trop dur, trop exigeant ».

La fameuse règle de l’amour qui place l’autre au dessus de moi peut être une réelle entrave au « moi-je ». Le respect infini de l’autre, largement prêché et vécu par Jésus vient plomber certains desseins peu avouables… Et on pourrait remplir des centaines de pages avec ces arguments. Mais, curieusement, ceux qui sont entrés dans la foi, ceux qui, dépassant cette peur de voir leur liberté entravée, non seulement ne se sentent pas moins libres, mais pluslibres. C’est comme si, en fait, du dedans, une source s’en venait à jaillir sans limites : « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, des fleuves d’eau vive couleront de son sein » (Jn 7,38), « Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libre » (Jn 8,32), dit le Christ.

Le problème – et il est de taille – est qu’apparemment, il faut le lancer dans le vide, il faut entrer dans une réalité expérimentable seulement après… Et, à notre époque, c’est devenu inacceptable, car ce cas de figure ne se présente presque jamais dans notre société. On peut toujours expérimenter avant d’acheter, suivant le bien envisagé, on peut le payer après un temps d’essai voir même le rendre dans les trente jours s’il s’avère ne pas convenir !

Une impasse donc ? Oui, si l’on continue de présenter la foi comme un saut dans le vide (elle risque de ne se trouver accessible qu’aux personnes en crise grave, celles qui n’ont plus rien à perdre)

La voie est ailleurs. Il ne s’agit plus tant de mettre la personne face à un choix que de l’inviter à descendre en elle-même, et à laisser être cette mystérieuse présence. Lui dire que tout au fond d’elle réside un mystère de vie, une source de liberté, une présence. Et que la foi consiste précisément à « laisser être cette présence », à laisser se développer l’Esprit de Dieu en soi, « Vous êtes le temple de l’Esprit saint » (1Co 3,16).

Ce n’est pas un coup d’état de la volonté, pas un saut, pas un ultimatum. Donc pas de risque de perdre sa liberté, mais au contraire une lente appropriation de sa véritable identité. Unique, belle, forte. 

La foi ainsi ne consiste dès lors plus en un danger de se perdre, mais à l’inverse celui de se trouver. Elle n’est plus perte de liberté, mais possibilité de pouvoir l’exercer en respect de soi et même et de l’autre.

Ca change la vie !

Laisser un commentaire